07 janvier 2010

Revoir le débat Mitterrand-Séguin de 1992

Le 3 septembre 1992, dans le cadre de la campagne référendaire sur le traité de Maastricht, un débat télévisé retransmis depuis la Sorbonne avait opposé François Mitterrand - alors président, et partisan du oui - à Philippe Séguin, partisan du non. Ce débat a été rediffusé suite au décès de P. Séguin. Revoir ce débat presque 18 ans après est instructif sur plusieurs points.

Il y a dans ce débat une certaine franchise politique : Mitterrand comme Séguin reconnaissent que le traité de Maastricht n'est pas fédéraliste, mais Mitterrand s'affirme cependant clairement partisan du fédéralisme, et Séguin adversaire du fédéralisme. On expose les divergences de fond, que l'on débat ; une pratique qui n'a plus trop cours aujourd'hui...

On remarque une position très centriste de François Mitterrand, qui explique le traité et argumente pour la construction européenne, mais sans contenu politique spécifiquement de gauche.
On remarque également le conservatisme de droite exprimé par Philippe Séguin (alors un des dirigeants du RPR). Par exemple son refus de la monnaie unique - on ne disait pas encore l'euro -, signe d'une frilosité et d'un manque de clairvoyance historique.

Mais ce débat occultait la campagne pour le non qui était menée à l'époque par une partie de l'extrême gauche, campagne qui n'avait rien à voir avec les arguments de Séguin et des droites, mais constituait un vote internationaliste et axé sur les questions sociales - lesquelles sont justement les grandes absentes de ce débat Mitterrand-Séguin.
Des questions fondamentales sont ainsi absentes de ce débat : quel système économico-social ? Quel modèle de démocratie ? Un "déficit démocratique" est bien dénoncé, mais seulement en Europe, pas en France !
L'horizon du débat était assez limité, se bornant parfois à un débat "plus ou moins d'Europe" (Séguin conteste la légitimité du parlement européen, "multinational", alors que Mitterrand affirme : "Plus il y a d'Europe, mieux ça vaut"). Mais du coup la question "Quelle Europe ?" était ignorée.

François Mitterrand, sans note, parvient à être exact, et se révèle plus clairvoyant que Séguin. C'est flagrant concernant les pays d'Europe de l'Est : selon Séguin, les pays de l'Est devraient "attendre quelques dizaines d'années pour envisager éventuellement leur adhésion". Mitterrand lui répond alors : "Vous verrez, ils peuvent adhérer." En effet, les négociations ont commencé moins de 6 ans plus tard, et les adhésions des pays d'Europe de l'Est furent effectives à partir de 2003.

Pour finir, une petite leçon par rapport à aujourd'hui : depuis qu'il est président, Sarkozy n'a strictement jamais participé à un débat contradictoire. Ce serait pourtant le minimum qu'il réponde publiquement, par exemple à Martine Aubry, ou encore à Cécile Duflot sur le récent fiasco de Copenhague, et plus largement qu'il participe à des débats publics face aux divers représentants de l'opposition.
Déjà le fait d'avoir recours au référendum serait un progrès, Sarkozy ne l'ayant pour le moment jamais fait, et n'a toujours pas annoncé vouloir le faire. Quoi qu'il en soit de telle ou telle personnalité politique disparue, c'est en fait un manque démocratique, et des inégalités immenses, qui minent nos sociétés. Egalement, on ferait bien de réécouter Mitterrand qui, dans ce débat, appelait à "une Europe plus généreuse, plus ouverte aux autres"...

Posté par davidistrati à 23:57 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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